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On a déjà dit tout le bien qu'on pouvait penser de cette intégrale partagée entre l'Irlandais Finghin Collins, l'Italien Francesco Piemontesi et le Franco-Suisse Cédric Pescia. Les trois jeunes pianistes - trente ans en moyenne - ont une vision convergente de Schumann. Clarté, agilité, finesse, probité sont les dénominateurs communs de leur démarche. Des différences de caractère {passionné pour Collins, sensible pour Piemontesi, réfléchi pour Pescia) ne compromettent jamais l'unité de l'entreprise.
Nous retrouvons ici Cédric Pescia, le héros remarqué du Volume II, et son jeu sobre et subtil dans lequel on reconnaît les influences de ses maîtres (Merlet, Barenboim, Zacharias, Airnard). Dans Carnaval, il met un peu de temps à se chauffer, sa sonorité à s'établir, mais la seconde moitié - à partir de Sphinxes - libère progressivement ses couleurs jusqu'à une bouillante Marche. Ses Novelettes sont les meilleures qu'il nous ait été donné d'entendre depuis longtemps, allantes (nos 7 et 8), rêveuses (n° 4), emportées (n° 2), Pescia a compris que le vrai fil conducteur entre des sentiments, des ambiances, des éclairages si variés est l'omniprésence des rythmes de danse, qu'il appuie ou allège à volonté, avec une inspiration en perpétuel mouvement. Un grand bravo.
Les Impromptus sur un thème de Clara Wieck constituent une redécouverte : joués dans la version primitive de 1833, ils retrouvent leur caractère
« cycle de variations » calqué sur le modèle beethovénien, que la révision de 1850 a passablement dilué. Pescia n'a pas son pareil pour animer les pages fuyantes aux doigts comme à l'esprit, telles les Albumblätter op. 124 ou les Pièces en forme de fuguettes, qui prennent sous son autorité une vraie dimension.
Restent les Chants de l'aube, intenses, habités, respirant le désespoir, et les Variations inachevées sur une « Valse nostalgique » de Schubert (fragments rejetés du Carnaval, complétés dans le style velléitaire typique du jeune Schumann).
Etienne Moreau
Cédric Pescia
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