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- Recital, Temple de Lutry, 11.02.07
Une fois parti, rien ne peut l'arrêter. Cédric Pescia, en récital dimanche après-midi au Temple de Lutry, a montré une fois de plus ses affinités avec Bach. Sa fougue, la passion qu'il met dans son jeu au point que plus rien d'autre n'existe (il faudrait un cataclysme pour l'arracher du clavier) le distinguent du lot des pianistes.
Conscient que toute œuvre demande à être recréée dans l'instant, Cédric Pescia ne bride pas son instinct. Il s'appuie sur une acuité d'analyse rare pour faire parler son cœur et ses tripes (...) Ce qu'on admire le plus chez lui, c'est le sens de la ligne, sa capacité d'aller de l'avant sans jamais interrompre le flux de la musique. Tout est à la fois réfléchi et spontané. Grand, surtout. De l'«Allemande» de la Suite française No 4 (qui sonne ici comme une pièce d'orgue) à la «Gigue» de la Partita en mi mineur No 6 (le Bach fou et visionnaire), Cédric Pescia capte l'essence de chaque pièce.
L'ornementation si riche est constamment intégrée dans la ligne musicale, jusqu'à l'ivresse («Sarabande» de la 6e Partita). Sa main gauche se joue des obstacles dans la «Chaconne» de la Partita en ré mineur pour violon transcrite par Brahms. Et s'il précipite parfois le tempo (6e Partita), c'est qu'il s'autorise des risques insensés, à l'image d'une musique prophétique.
Cédric Pescia joue enfin la 1re Partita comme un pape. Le toucher ludique et aérien, la variété des éclairages («Menuets I et II»), le délié («Gigue») en font un instant d'éternité.


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